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Le 1er septembre 2015, j'achète un livre de SFFFH francophone !

Je participe à l'opération-événement du groupuscule pas terroriste du tout L'Invasion des Grenouilles, animé par l'auteure franco-québecoise Gaëlle Dupille.

Il s'agissait de s'engager à acheter un livre de science-fiction, fantasy, fantastique ou horreur, qu'il s'agisse d'un roman, d'un recueil de nouvelles ou d'un ebook. Il devait être écrit par un auteur francophone pour montrer que les auteurs francophones ont (aussi) du talent et faire du bien aux éditeurs qui publient des auteurs francophones dans un genre dominé par le monde anglo-saxon (le courant "mainstream" des médias et du cinéma...)
Alors oui, il faut l'avouer, beaucoup d'auteurs s'inspirent encore des codes visuels du cinéma américain, des personnages et des scénarios écrits par les écrivains qui habitent en Amérique du Nord, en Grande-Bretagne ou dans d'autres pays nordiques, mais il faut bien passer par là pour trouver un éditeur, toucher un lectorat habitué à "manger, boire, voir, lire, parler et chanter en anglais", trouver un éditeur et commencer à s'émanciper. C'était le même problème pour le polar français il y a quelques années, il suffit de relire quelques Chroniques de JP Manchette pour s'en rendre compte.
Prenons par exemple le livre que j'ai choisi, Smog of Germania, écrit par la française Marianne Stern. Pourquoi ce titre en anglais ? Certes, le mot "smog" est plus parlant que le mot "brouillard" quand il s'agit de parler des épais brouillards londoniens de l'ère victorienne... sauf que l'histoire ne se déroule pas en Angleterre mais en Allemagne. On sent que l'auteure a cherché à innover à partir des codes du steampunk, mais elle est rapidement revenue à prendre pour modèle la ville emblématique de 19ème siècle : Londres. Je remarque le même problème avec le premier "polar historique" de Brigitte Aubert, Le miroir des ombres : l'histoire commence en 1891 à Paris, elle continue à Londres avec une histoire de serial killer à la Jack l'Eventreur... Heureusement, Brigitte Aubert a su exploiter la Belle Epoque du côté "frenchie" dans les romans suivants. Cela ne veut pas dire nécessairement situer l'histoire à Paris (pourquoi toujours Paris ?), puisqu'elle fait se dérouler le dernier tome paru de la série, Le royaume disparu, dans la colonie du Dahomey.

Avant de choisir Smog of Germania, j'avais hésité avec un auteur africain de la francophonie : Abdourahman Waberi pour son livre Aux Etats-Unis d'Afrique. Je trouvais le sujet très original, mais il semblerait que l'auteur ait simplement inversé la position hiérarchique Afrique / Europe-Etats-Unis. Si le roman s'arrête à cette inversion ((les Européens émigrent vers l'Afrique, les McDo deviennent des McDiop, etc.), cela peut finir par lasser. J'étais très curieux, ne connaissant pas encore cette auteur, mais les critiques ne sont pas vraiment bonne pour ce roman. Il semble que cela soit la première incursion de l'auteur dans la science-fiction ou l'uchronie. Dommage, car je pense que l'Afrique est porteuse de beaucoup de promesses, elle a culture riche, originale, qui pourrait donner une très bonne SF...
Revenons à Smog of Germania. Voici la quatrième de couverture :
Germania, début des années 1900, capitale du Reich.
À sa tête, le Kaiser Wilhem, qui se préoccupe davantage de transformer sa cité en quelque chose de grandiose plutôt que de se pencher sur la guerre grondant le long de la frontière française - et pour cause : on dit qu'il n'a plus tous ses esprits. Un smog noir a envahi les rues suite à une industrialisation massive, au sein duquel les assassins sont à l'oeuvre.
Une poursuite infernale s'engage dans les rues et les cieux de Germania le jour où la fille du Kaiser échappe de peu à une tentative de meurtre. Objectif : retrouver les commanditaires. La chose serait bien plus aisée s'il ne s'agissait pas en réalité d'un gigantesque complot, qui se développe dans l'ombre depuis trop longtemps.

En cherchant d'éventuelles critiques, je suis tombé sur plusieurs blogs très intéressants. L'éditeur avait eu la bonne idée d'envoyer son livre à des blogueuses pour obtenir un avis et globalement, il n'a pas été déçu ! Les critiques sont très bonnes, mais le public ciblé est jeune et féminin et je ne suis ni jeune ni féminin (bref, un vieux con !).
J'ai trouvé une critique plus mitigée sur l'excellent blog de l'auteure Cécile Duquenne : SFFF 100% VF ! Ce site correspond vraiment très bien à l'esprit de l'Invasion des Grenouilles et à cette opération. Je le garde dans mes favoris et y retournerai souvent pour choisir d'autres lectures - sans me limiter à cela non plus, je suis internationaliste, altermondialiste et je lis dans des dizaines de langues grâce au travail des traducteurs (merci à eux !). J'aime aussi lire des livres d'auteurs morts, décédés ou bien plus très vivants, de la SF pulp ou carrément rétro, comme les textes recensés par le site ArchéoSF (une autre pépite du web).
Les critiques insistent toutes (vous remarquerez le féminin) sur la beauté de la couverture, volontairement girly, où l'on voit l'ombre d'une femme en robe entourée de deux gentlemans. C'est bleu, bien-pensant, avec des arabesques métalliques, un bateau volant, un zeppelin et des volutes de fumée. Evidemment, cela annonce une love affair, du romantisme (Mathieu Gaborit n'avait-il pas défini le steampunk comme "la machine romantique" ?) et un développement psychologique des rapports hommes-femmes. Je n'ai rien contre, au contraire - Même quand c'est cucul ? - Surtout quand c'est cucul ! Ce n'est pas parce que je suis un garçon que je n'ai pas le droit d'aimer, moi aussi ! J'ai un cœur, mesdames, un cœur qui ne sert pas qu'à répandre du sang sur les épées et les guillotines. Le cœur existe pour être offert, les Aztèques l'avaient bien compris...

Autre exemple de couverture "bleue"

Encore une "bleue" !

D'après les critiques, l'intrigue est bien construite, les personnages sont bien campés (après un temps un peu long de présentation). Il y a surtout une chose qui m'a intrigué, le rôle de "pimbêche" du personnage principal, une jeune femme de la haute société qui vient s'acoquiner dans les bas-fonds... Ça promet ! Parmi les personnages, je note aussi une paire de deux jumeaux : comment fait-on pour les différencier, tout en rappelant qu'ils se ressemblent ? Je suis curieux de voir comment l'auteur s'y prend... Les avis de lectures mentionnent  également un capitaine de Zeppelin un peu pirate sur les bords. Serait-ce le retour d'Albator ?
Mis à part ces critiques, pourquoi ai-je choisi ce livre ? Parce qu'il s'agit d'un roman de steampunk et que j'aime le steampunk. Parce qu'il prend pour cadre l'Allemagne et que ça change. Parce qu'il fait référence à une guerre franco-allemande à la frontière et que c'est l'époque du centenaire de la Grande Guerre. Parce que c'est publié chez un éditeur qui publie des auteurs francophones et qu'il faut le soutenir ! Parce que c'est une écrivaine peu connue et qu'il faut la soutenir aussi ! Parce que c'est une femme et qu'on ne parle pas assez des femmes qui écrivent de la science-fiction. Parce qu'elle porte un nom allemand et que cela fait du bien de rappeler qu'un auteur français peut aussi porter un nom d'origine étrangère (je ne dis pas ça pour moi, évidemment).
Je vais donc le lire... quand je l'aurai reçu. Cela ne devrait pas trop tardé, les éditions du Chat Noir viennent de me prévenir que le colis venait de partir. Vite, il faut que je descende toute ma PAL...

En attendant, si vous lisez cet article aujourd'hui, il n'est pas trop tard pour participer à l'opération "le 1er septembre, j'achète un livre/ebook de SFFFH francophone".




Bibliographie : Marianne Stern, Smog of Germania, aux éditions du Chat Noir en version imprimée à 19,90 et en version numérique à 0,99 sur la plateforme de téléchargement (légal) 7swtich (anciennement Immateriel.fr).

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