Accéder au contenu principal

Ma participation au recueil de PolarLens 2015 confirmée !

Le salon du polar de Lens, PolarLens, organise chaque année un concours de nouvelles qui permet à des écrivains débutants d'être publiés avec des auteurs confirmés. Je devais écrire une lettre pour motiver ma demande. Seules huit textes seraient sélectionnés dans la catégorie "adulte". Je viens de recevoir le mail qui m'indique que je fais partie des heureux lauréats !

J'aurai pour tâche d'écrire la suite et la fin d'une nouvelle commencée par un auteur confirmée. Les "débuts de texte" seront anonymisés, si bien que je ne saurai pas s'il s'agit de Franck Thilliez, Elena Piacentini, Jean-Hughes Oppel ou d'un autre... Quel honneur ! Je vois ça comme une sorte de parrainage qui permet à un jeune auteur de voir une de ses nouvelles co-écrite avec un grand nom de la littérature policière francophone. Le recueil sera distribué gratuitement au salon PolarLens qui se tiendra les 21 et 22 mars 2015.

Avec quelle lettre suis-je parvenu à me retrouver sélectionné ? Je n'avais pas l'esprit à écrire une "lettre de motivation" de façon professionnelle, à vanter mes compétences ou à supplier. J'ai préféré mettre en scène cette lettre, en inventant un personnage et une situation. J'ai voulu me rapprocher de l'univers des "romans noirs" et apparemment ça a dû plaire. Je vous laisse juger :

J’écris cette lettre sous la contrainte. Mon éducateur m’a dit de participer, le maton m’a dit que ça me ferait du bien. Ou plutôt, que ça me ferait du mal si je ne participais pas. Enfin, Yvan, mon compagnon de cellule, celui qu’on appelle ici Yvan le Terrible, et je vous assure c’est pas pour rigoler, il veut une dédicace de Stephen King. Je lui ai dit qu’il n’y avait pas Stephen King parmi les écrivains invités, il y avait Franck Thilliez, il m’a dit connaît pas, je lui ai dit Elena Piacentini, il m’a dit qu’il ne fallait jamais rien demander à un Italien, au cas où il fasse partie de la mafia, alors une italienne, tu penses. Je ne pensais sans doute à rien, parce que je lui ai dit Jean-Hugues Oppel et lui, il m’a sorti un opinel de sa poche, complètement ouf, et il me l’a planté dans le bras, heureusement que j’avais encore mes réflexes, sinon ce n’était pas dans le bras que je l’avais, je vous dis pas où, c’est pas poli et je ne sais pas qui va me relire.

Je m’appelle Erasme, on choisit pas son prénom. Aucun rapport avec les étudiants Erasmus, moi, j’ai jamais changé de pays. J’ai passé le périphérique quand j’avais douze ans, ça ne m’a attiré que des excréments, j’essaie de parler bien, excusez-moi si ça sent mauvais quelquefois. Tout ça, c’est une question de territoire. Au fond, les gars et moi, on n’en avait rien à faire de Marseille, Lyon ou Strasbourg, on voulait juste que ceux d’en face nous respecte. On voulait aussi gagner de l’argent en toute inégalité.

Ca me fait marrer quand je me relis.

Mon cas à moi, ma peine perso, mon egotrip, c’est pas la stupéfiante, c’est pas non plus les vols à main levée, ni les coups et blessures, ni les vidéos porno avec préméditation, c’est surtout pas le sexe avec les enfants putain leur race ceux qui font ça je leur file un rancart avec Yvan le Terrible et je ferme la porte. Non, moi, c’est le chantage. Je faisais des petites vidéos avec les clients et après on discutait affaire. Mes copines, je ne les ai jamais balancées, on s’aimait trop pour ça.

De toute façon, le fric, elles l’ont déjà dépensé. Il faut bien qu’elle rachète leur carte d’identité. Autant racheter sa liberté. Comme au temps des empereurs romains. Tu fais l’arène de la rue quatre ou cinq ans, puis quand tu es vieille, tu rachètes ta chair au kilo. C’est le marché à Barbès, on résiste un peu, on négocie le prix et puis on te file une remise que tu peux pas refuser, parce que tu la veux, ta liberté chérie, tu sais même pas ce que ça veut dire, mais tu la veux.

Moi aussi, je la veux. C’est pour ça que je veux écrire.

Après, quand je serai libre, je franchirai la ligne du RER, je dégagerai du périphérique, je ne réagirai même pas si on me siffle, j’irai tout droit prendre un autre train, je ferai du covoiturage avec un faux taxi, je continuerai jusqu’au bled, là-bas où je ne suis jamais allé mais où tous les autres vont.

Le bled, je ne sais pas où c’est, il n’y a pas de définition, ce n’est pas un mot qu’on trouve dans le dictionnaire, ce n’est sur aucune carte, c’est juste un territoire où vont les gens comme moi quand ils vont pas en prison et qu’ils ont la belle vie.

Moi, ce que je veux, si je peux écrire avec mon parrain en littérature, c’est sortir de l’ombre où je suis actuellement et aller droit au bled, je compte sur lui pour me dire où c’est.

Ca va, Yvan, tu peux aller aux chiottes maintenant, j’ai fini ma lettre.

(Lettre reproduite avec l'aimable autorisation de Maxime Gillio de PolarLens).


Quelques exemples des 70 auteurs présents au salon PolarLens : Henri Loevenbruck, Franck Thilliez, Jean-Hugues Oppel, Luc Watteau, Elena Piacentini, Karim Madani, Dominique Dyens, Nadine Monfils, Hervé Jourdain...




Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Eloge du vouvoiement

Ringard, le vouvoiement ? Le "vous" serait-il condamné à disparaître, comme le panda et l'éléphant d'Afrique ? Reconnaissons-le, le vouvoiement impose d'office une distance, une division des espèces. Il rappelle l'aristocratie, la relation de maître à serviteur. On ne veut plus vouvoyer car on ne veut plus de cette forme d'autorité, des relations à sens unique. On veut communiquer d'égale à égale entre deux amis potentiels, tu1 et tu2. Tu=tu Le tutoiement systématique, la féminisation des mots et le mariage gay sont les trois symboles du changement de paradigme qui s'opère sous nos yeux. Exit la société patriarcale et bienvenu dans le village planétaire. Celui où le personnel côtoie le privé. Où l'intime se donne à voir sur les réseaux sociaux. Les relations sont horizontales, la pyramide sociale a été remplacée par un monde plat. C'est plus simple, c'est plus sympathique, c'est plus rapide aussi. Mais n'a-t-on

Mon péché mignon : les livres anciens

Seigneur, pardonnez-moi parce que j'ai péché... Je collectionne les livres anciens. Vous savez, les vieux livres qu'on trouve sur les établis des brocanteurs, ou rangées dans des caisses encore pleines d'araignées dans les vide-greniers.  Ils sentent quelque fois le moisi, leurs couvertures en carton peuvent être abîmées ou tâchées, les pages sont jaunies par le temps, avec quelque fois de jolies rousseurs sur certaines pages. Je l'avoue, j'aime ce qui est vieux et décrépi, j'aime sentir sous mes doigts le contact pâtinée d'une page qui aura eu d'autres lecteurs, j'aime respirer le parfum du siècle passé, j'aime regarder des photographies en noir & blanc, imprimée par d'étranges machines, sur des pauses extrêment longues, ou toucher du doigt les gravures, parfois protégées d'un voile transparent, comme dans les anciennes Bibles. Tous les livres anciens ne se valent pas. Certains sont rares avec beaucoup de valeur (essaye

Premier jour : l'idée, l'intrigue et ça démarre !

80 jours pour écrire un livre. Première journée. Il a fait beau, pas trop non plus, juste ce qu'il faut pour garder le moral sans avoir envie de partir à la plage. Je suis sorti écrire sur le balcon. J'avais besoin de poser mes idées sur le papier. J'ai hésité entre le stylo et le crayon de bois. J'ai redécouvert il n'y a pas très longtemps le plaisir d'écrire au crayon gris. C'est gras, c'est doux, c'est chaud... mais on a du mal à se relire. J'ai utilisé le stylo. Noir pétrole. Plastique Mou. Même pas froid. Tiède. C'était moins agréable mais je pouvais me relire. Qu'est-ce que j'ai écrit cette première journée ? En fait, j'ai surtout pensé et discuté avec ma compagne (désolé, mesdames !) de mes idées de scénario, du thème du concours. Le thème du courage, c'est joli, mais c'est aussi assez abstrait. Ca bloque un peu quand on ne veut pas écrire un essai mais une histoire, avec des lieux physiques, des personnage