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Quelques feuilles échappées d’un carnet #3

 



Samedi 6 avril 2026


J'y ai pensé hier soir mais je n'ai pas pu écrire. Trop fatigué. J'ai une

bonne résistance à la fatigue, mais ça me joue des tours. J'abuse, je

m'exténue à la tâche, je veux terminer ce que j'ai commencé, agrandir

ma journée, avoir l'impression d'avoir enfin « fait » quelque chose – je ne

ne dirais pas quelque chose d'utile, mais quelque chose de créatif, quelque

chose pour moi, quelque chose pour avancer dans la vie et s'en sortir –

ou laisser une trace de mon passage sur cette Terre (expression

grandiloquente, je le conçois, mais il faut viser haut).

J'écris ce dimanche matin, jour de Pâques. Matin, non, midi.

Qu'ai-je à dire encore ?

C'est compliqué (…)

Mais je n'écris pas pour ça.

J'écris pour autre chose.


J'écris pour répondre à l'envie d'écrire.

J'écris pour simuler et stimuler un projet de roman.

J'écris pour me lancer, trapéziste qui tend la main à sa partenaire. Ô Muse, entends-moi !

J'écris au-dessus du vide, de l'espace blanc de la page. J'écris comme

un voyageur, un spationaute, un créatonaute, un littéronaute – il n'existe

pas assez de mots pour dire « écrire », pour parler du fait d'écrire, en

langue française.

Writonaute serait plus joli, mais le mélange des langues ressemble à une

négation de celles-ci, de leur histoire, de leur grammaire, de leur

lexicologie, de leur intelligence impliquée.

Ce cahier est semblable à un vaisseau spatial. Il transporte un

commandant de bord, un copilote, des scientifiques et un milliardaire

bien peinard qui a juste payé sa place – la conscience.

Nous écrivons et traversons les lignes, les points, les pages ; nous

évitons les marges et les contresens, nous réparons les ratures et prions

pour atterrir sans encombre sur la planète roman. Qui sait ce que nous

y découvrirons ?


« Qui n'a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines

peuplées de légendes, ou d'une richesse soudaine qui se conquerrait au

détour d'un chemin de la cordillère des Andes ? Qui n'a jamais souhaité

voir le soleil souverain guider ses pas au cœur du pays inca ? Et à la

richesse et l'histoire des mystérieuses cités d'or ? » (1).

(1) Début du générique de la série d'animation Les Mystérieuses Cités d'Or,

1982-1983.

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