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Quelques feuilles échappées d'un carnet #2




Vendredi 4 avril 2026


… mais déjà le 05, car minuit est passé. Je garde pour moi de

nombreuses pensées. Je ne les partage pas avec toi, carnet, car je n'en

je n'ai pas besoin.

Mon autobiographie m'appartient encore. Je te prête ma calligraphie, tu

m'empreintes mon style, une personnalité se dessine. Sans aucun doute.

Probablement bien. Excessivement oui. J'imprime sur le papier. Maman

sueur mon suaire. Je me photocopille. J'exploite la forêt de mes pensées

intimes. J'arrache, je brûle, je défriche. Je plante les graines d'idées qui

me sont étrangers mais dont les lecteurs ont besoin.


J'écris pour que vous puissiez vivre. Je me sens tenu par des vastes

responsabilité, aussi profondes qu'un complot ourdi depuis que je sais

écrire. Les carnets se sont passés les mots, années après années.

Je ne compte pas tous les carnets que j'ai remplis de moi-même et qui

m'ont usé, en petit vieux.

Alors, j'ai peut-être droit de m'émanciper, de te faire des cachotteries,

carnet — non, ce ne sont pas des infidélités sur l'ordinateur.

J'imagine seulement, pour le dire en peu de choses, reprendre le

manuscrit de mon roman pendant (illisible — la guerre ?) – quoique le

cœur soit ailleurs. Le cœur de l'histoire au cœur de la grande Histoire.

Ça tourbillonne mais c'est peut-être le sommeil qui m'appelle.

Pas trop fatigué non plus, juste allongé.

Allons, dormons.

À demain, petit carnet.

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